Peut-être que l'expression anglaise "Uncanny valley" vous est plus familière, pour résumer rapidement, il s'agit d'une théorie scientifique selon laquelle plus un robot humanoïde est parfait, plus ses défauts nous paraissent monstrueux.

Wikipedia pourra vous en dire plus :)

human
Là, ça va.

C'est en, légère, partie ce thème que Greg Egan va explorer dans cette nouvelle, paru dans le n°88 de Bifrost (dédié à l'auteur).

Le récit

Un richissime producteur (appelé le vieux) d'Hollywood décide de transférer sa conscience vers un double androïde (Adam) qui lui survivra après sa mort.

Au cours du récit, Adam se rend compte qu'il n'a pas hérité de toute la mémoire de son prédécesseur et s'interroge sur les raisons de ses trous de mémoire, avait-il des choses à cacher ?

On se concentrera en partie sur la résolution de cette intrigue tout en parcourant sa vie d'androïde sans existence légale clairement définie.

Les enjeux

Le texte nous interroge sur la place d'Adam au sein de la société (il ne peut quitter le pays sans désactiver son corps) et son rapport avec ceux qui l'ont connu avant. Par exemple, il hérite officiellement de tout ce qui appartenait au vieux, rendant sa (?) famille très mécontente (ils l'appellent 60% : pour le taux de ressemblance qu'ils lui attribuent).

Le personnage, son histoire et sa manière de remonter le fil de sa mémoire est sympathique mais je n'ai pas ressenti beaucoup d'empathie pour lui, peut-être suis-je tombé dans la vallée de l'étrange.

Par contre, ce qui me laisse un souvenir marquant, c'est la...

Windows XP, la référence... oui, il y a un lien :-)

Conclusion

Cette nouvelle vaut le détour rien que pour sa fin, elle répond de manière satisfaisante à l'intrigue principale du récit (sa mémoire incomplète) mais c'est surtout la manière utilisée qui est géniale ! (en tout cas, si vous appréciez les ordinateurs 😀)
Ici, la forme prime sur le fond.

Sans réellement spoiler, il y a une mise en scène de la fragmentation (d'un disque dur) très habile et intéressante ; il vous faudra réfléchir un peu, voire revenir en arrière dans le récit (mais pas très loin, fin du ch. 9) pour bien saisir ce qui est écrit.

Greg Egan nous livre ici une nouvelle sympathique avec une fin originale et intelligente, ne vous en privez pas !